18 Mai 2019
Samedi soir se situe en chien et loup, la lune s’installe, entourée d’étoiles, voûte attendue à chaque fois qu’elle se laisse visible. Je ne peux m’empêcher de laisser la bande FM me faire mal en déroulant ces chansons des années 80 comme disent les jingles qui meublent les espaces entre deux tubes. Alors, quand pointe le nez des dimanches à s’en faire 52 à l’année, je m’installe au clavier, sur une mauvaise chaise, trouvaille d’un dépôt vente quand les dimanches chantaient encore, mes deux boites de chaleur près de la souris. La nuit se répand par la fenêtre, comme ce seau icône d’un « word peint » qui se déverse sur des formes automatiques que souvent je m’amuse à meubler l’écran de mes soirées.
Bon c’est noir ce samedi tout en soir. Comme à mon habitude, j’irai à la fenêtre regarder les lumières des foyers éclairés qui me font face. J’essaie par mes mots de vous faire entrer dans mon intérieur de fonction. Fée codéine m’entraîne dans ces moments où le travail est en berne, collège fermé, élèves vacants chaque fin de semaine sans se douter combien ces vacances s’ouvrent au face à face rituel avec mon PC.
J’attends un mot dans le flot de chansons Chérie qui Fréquencent Module à mes oreilles. Un mot pour m’accrocher et ouvrir un de mes grimoires, compagnons de mes lectures depuis tant d’années. Un mot pour aller de page en page avec un syllogisme que je ne cherche pas à maîtriser, véritable dédale sans sens apparent.
Tiens, le voilà, il vient de passer en m’en saisis comme la queue d’un Mickey balancée aux mains des enfants manège tournant sur les bords des plages des miens pas encore soucieux. Père attentif, jetons d’avance par paquets de 10, tours rajoutés par gains de pompons arrachés en cris de jubilation, odeurs de produits solaires, fragrance estivales, crèmes glacées à portée de leurs mains sans compter, le bonheur sera éternel, il se peuplera de cartes postales aux phrases réitérées, aux photos arrêtant les rires, collées sur des albums rendez-vous d’hiver à souvenirs.
Le mot je l’ai saisi mais je crois que ce soir je le garde pour moi, il me mènerait trop loin. Je viens d’ouvrir le grimoire pour en trouver l’origine, latine encore, comme cette recette d’un autre soir. XIème siècle, traversant l’histoire pour finir attrapé sur le manège de mon samedi soir.
J’attends maintenant une sonnerie, celle de mes téléphones, fixe ou portable, pour donner du sens à des dernières heures de cette journée. Ce soir j’aimerais qu’il me sorte de mon Word Peint, logiciel étoilé chasseur d’ennui. Je vais interrompre mes doigts, les ranger dans mes poches.
Moi
Chasseneuil 2004